Cours de phonologie
3.7.2. Phonétique syntactique
La phonétique syntactique est la description et l’étude des phénomènes phonétiques qui interviennent à la jonction des mots. Cette partie est incluse dans le programme de phonologie car ces phénomènes relèvent de la phonologie du français puisqu’ils mettent en jeu la forme phonologique des mots et leurs différentes réalisations phonétiques dans la chaîne parlée. Les phénomènes concernés ici sont l’élision, l’épenthèse, la liaison et la supplétion. Pour décrire ces phénomènes, nous introduirons la notion de hiatus et d’enchaînement des syllabes après avoir caractérisé la structure syllabique du français.
3.7.2.1. La structure syllabique du français
Rappel : la syllabe est formée pour le moins d’un noyau syllabique qui peut être une voyelle ou une consonne avec des propriétés de résonance (consonne nasale ou consonne liquide). Dans la plupart des cas, le noyau syllabique est une voyelle. En français, les choses sont simples ; il y a une relation bi-univoque entre la syllabe et les voyelles ; toute syllabe a pour noyau syllabique une voyelle, et, toute voyelle définit une syllabe. En versification, par exemple, il suffit de compter le nombre de voyelles dans un vers pour déterminer son mètre. Un alexandrin contient douze voyelles ; par conséquent douze syllabes.
Le français possède deux types de syllabes : des syllabes ouvertes (ou libres) et des syllabes fermées (ou entravées). Les premières se terminent par une voyelle tandis que les secondes se terminent par une consonne. Les syllabes ouvertes sont de loin les plus fréquentes en français. Par ailleurs, le français admet des groupes consonantiques en lieu et place des consonnes. Dans la majorité des cas il s'agit de groupes consonantiques dont le second membre est une consonne liquide (/l/ ou /r/) : pr, tr, cr, gr, pl, cl, gl…
3.7.2.2. L’enchaînement des syllabes
Il y a deux façons d’envisager le découpage syllabique d’un énoncé. Un découpage en syllabes, mot par mot, et un découpage en syllabes sur l’ensemble de l’énoncé sans prendre en compte le découpage en mots, mais éventuellement avec prise en compte des pauses qui relèvent de la phonétique. L’énoncé suivant :
Je le fais pour elle
a pour découpage mot par mot :
[ʒœ] - [lœ] - [fɛ] - [puʁ] - [ɛl]
CV CV CV CVC VC
et pour découpage sur l’ensemble de l’énoncé :
[ʒœ - lœ - fɛ - pu - ʁɛl]
CV CV CV CV CVC
Les deux découpages ne sont pas identiques car la consonne finale du mot pour est réanalysée comme consonne d’attaque de la syllabe suivante.
On appelle enchaînement des syllabes la concaténation sans pause d’une suite de syllabes. L’enchaînement des syllabes implique souvent une resyllabation dès lors que le découpage syllabique de l’énoncé ne correspond pas au découpage syllabique des mots. Il convient de ne pas oublier qu’à l’oral nous ne parlons pas mot par mot, mais que la chaîne parlée se présente comme une suite de syllabes, avec ici et là des pauses.
Dans la production orale, les syllabes s'enchaînent sans pause. Il y a alors un réajustement des syllabes de façon à donner une certaine fluidité à la parole. Deux choses doivent être prise en considération pour expliquer les différents phénomènes de réajustement : la prédominance des syllabes du type CV et l’évitement de l’hiatus.
Avec l’enchaînement des syllabes, le français tend vers une structure syllabique du type CV. Les syllabes ouvertes sont non seulement les plus fréquentes dans le lexique mais leur pourcentage augmente dans la production orale puisque des mots qui se terminent par une syllabe fermée ...VC ont pour cette dernière une réanalyse en ...V CV... lorsque le mot suivant commence par une voyelle.
Par ailleurs, la langue française dispose de plusieurs stratégies pour éviter la rencontre entre deux syllabes dont l’une se termine par une voyelle et l’autre commence par une voyelle. La séquence ...V V... peut ainsi être convertie en une séquence ...V CV... au moyen d’une élision, d’une épenthèse ou d’une supplétion.
3.7.2.3. L’hiatus
Lorsque deux syllabes dont l’une se termine par une voyelle et l’autre commence par une voyelle (...V V...) sont enchaînées, il y a hiatus. L’hiatus est la contiguïté de deux voyelles (...VV…).
L’hiatus peut apparaître à l’intérieur des mots :
| néant | [neɑ̃] | CV-V |
| Léon | [leɔ̃] | CV-V |
| ahuri | [ayʁi] | V-V-CV |
| aéroport | [aeʁopɔʁ] | V-V-CV-CVC |
ou à la jonction des mots
| ami averti | [amiavɛʁti] | V-CV-V-CVC-CV |
| à envoyer | [aɑ̃vwaje] | V-V-CsV-SV |
| tu adores | [tyadɔʁ] | CV-V-CVC |
| bijou ancien | [biʒuɑ̃sjɛ̃] | CV-CV-V-Csv |
V = voyelle
C = consonne
Cs = groupe consonantique avec une semi-consonne
S = semi-consonne (qui fonctionne comme une consonne du point de vue de la syllabe)
Dans ces exemples, l’hiatus est inévitable. Dans de nombreux cas, l’hiatus est cependant évité. Pour éviter l’hiatus et avoir une séquence ...CVCV..., il n’y a que deux possibilités ; soit on supprime la voyelle (élision) soit on ajoute une consonne entre les deux voyelles (épenthèse ou liaison). De cette façon, une séquence ...CVVCV... devient ...CVCV… ou ...CVCVCV…
3.7.2.4. L’élision
L'élision est la chute d'une voyelle finale de mot devant une voyelle initiale d’un mot qui suit. Comme l'indique la distinction entre voyelle finale et voyelle initiale, il s'agit d'un phénomène qui intervient à la jonction de deux mots. On réserve le mot d'élision au phénomène morpho-phonologique (élision de l'article, de la préposition...), et on utilise le mot d'apocope ou d'amuïssement pour désigner le processus phonétique (chute de la voyelle finale) qui est en jeu dans l'élision. L’élision est évidente dès lors qu’elle se manifeste dans la forme écrite des mots.
L’élision est un phénomène morpho-syntaxique et pas seulement phonologique dans la mesure où l’élision n’est possible que pour certains mots, essentiellement des mots grammaticaux. L’élision est mis en évidence par le rapprochement entre le mot seul (avec voyelle) et la forme qu’il prend (sans voyelle) lorsqu’il est devant un mot qui commence par une voyelle :
| l’amour | [lamuʁ] | CV-CVC | la → l’ |
| c’est bien | [sɛbjɛ̃] | CV-CsV | ce → c' |
| s'il part | [silpaʁ] | CV-CCVC | si → s |
Exemples d’élisions classés selon la nature de la voyelle élidée :
-
amuïssement de "a"
-
élision de l'article défini la : l'amour
-
élision du pronom personnel homophone la : je l'ai vue (cette personne)
-
-
amuïssement de "i"
-
élision de la conjonction de coordination si :
s'il vient (seulement devant il/ils)
pas d’élision autrement : (si Irène, si irréel…)
-
élision du pronom relatif qui : des gens qu'auraient besoin de toi. (populaire)
-
-
amuïssement de "u"
-
élision du pronom personnel tu : t'as rien à faire ? (familier)
-
-
amuïssement du "e" muet
-
élision de l'article défini le : l'enfant
-
élision de la préposition de : un jeu d'enfant
-
élision du pronom personnel je, me... : j'amuse, je m'amuse
-
élision de la conjonction de subordination que : pour qu'il vienne
-
élision du déterminant démonstratif ce : c'est
-
élision des mots en -que : quelqu'un
-
L'élision du "e" muet n'est pas toujours marqué dans l'écriture :
| presque impossible | [pʁɛskɛ̃posibl] |
| quelque avantage | [kɛlkavɑ̃taʒ] |
3.7.2.5. L’épenthèse
L’épenthèse est l’insertion d’une consonne entre deux voyelles afin d’éviter l’hiatus. Comparons les deux formes conjuguées suivantes :
| vient-il ? | [vjɛ̃til] | CsV-CVC |
| viendra-t-il ? | [vjɛ̃dʁatil] | CsV-CV-CVC |
Dans le premier exemple, vient-il, l’hiatus consécutif à la concaténation de vient et du pronom il est évité par le recours à une liaison (voir plus loin). Dans le second exemple, il ne peut y avoir ni élision (impossible dans les formes verbales) ni liaison (pas de consonne écrite en fin de mot). Il y a alors ajout d’une consonne – consonne épenthétique – dont la seule fonction est d’ordre euphonique (faciliter la prononciation) en réalisant un enchaînement syllabique par l’ajout de consonne.
L’épenthèse de l’exemple précédent relève de la norme, c’est-à-dire d’une forme de la langue considérée comme correcte. Dans la langue familière, on observe également des épenthèses, mais qui sont considérées comme fautives.
Considérons la contrepartie impérative de l’énoncé je t’en donne. On peut avoir la forme correcte donne m’en ! et la forme fautive donne moi-z-en ! Dans les deux cas, il s’agit d’éviter l’hiatus induit par la séquence des mots moi et en. Dans le premier cas, il y a élision de la forme faible du pronom me (me en → m’en) et épenthèse dans le second cas. Cette fois la consonne épenthétique est [z]. Le point important ici est qu’il n’y a pas de différence du point de vue linguistique, du point de vue phonétique, entre les deux types d’épenthèse. Une forme jugée fautive, relevant d’un registre familier ou populaire, est une attestation du fonctionnement de la langue. En aucun cas, le linguiste ne rejette un énoncé sous le prétexte qu’il s’agit d’une faute de langue, d’une forme de « mauvais français ». Renoncer à la simple observation des faits, serait par contre une entorse à l’exigence de rigueur scientifique.
L’épenthèse ne se rencontre pas seulement dans les cas d’évitement d’hiatus. Lorsqu’on choisit la forme l’on dit que... plutôt que on dit que, on introduit une consonne épenthétique [l], qui n’a aucun statut grammatical,tout comme [t] et [z] des exemples précédents. Cela afin d’avoir une consonne d’attaque pour la syllabe CV.
3.7.2.6. La liaison
Une liaison est la prononciation d’une consonne graphique de fin de mot devant un mot qui commence par une voyelle qui autrement ne serait pas prononcée. La liaison met en jeu la forme phonologique des mots et leur forme graphique. Dans les exemples suivants :
| il vient ! | [ilvjɛ̃] | CsV |
| viens demain ! | [vjɛ̃dœmɛ̃] | CsV-CV-CV |
| vient-il ? | [vjɛ̃til] | CsV-CVC |
la prononciation par défaut de la forme verbale viens ou vient est [vjɛ̃] lorsque le mot est prononcé seul ou lorsqu’il est suivi d’un mot qui commence par une consonne. Si le mot qui suit commence par une voyelle comme dans l’exemple vient-il, l’évitement du hiatus se fait en prononçant la consonne de fin de verbe [t] qui permet ainsi de rétablir la séquence idéale ...CVCV... Cette consonne impliquée dans la liaison est appelée consonne latente et doit être intégrée à la forme phonologique du mot :
| vient | /vjɛ̃(t)/ | CsV(C) |
Les parenthèses dans la représentation phonologique indique que la consonne peut être réalisée ou non selon le contexte.
La consonne latente des représentations phonologiques des exemples précédents correspond à la consonne graphique. Ce n’est pas le cas dans les exemples suivants où une consonne a priori sourde est réalisée comme une sonore ou inversement :
| les enfants | [lezsɑ̃fɑ̃] | CV-CV-CV | les | /le(z)/ | CV(C) |
| grand âge | [gʁɑ̃taʒ] | CcV-CVC | grand | /gʁɑ̃(t)/ | CcV(C) |
| sang et eau | [sɑ̃keo] | CsV(C) | sang | /sɑ̃(k)/ | CV(C) |
3.7.2.6.1. Liaison et enchaînement
La liaison est toujours réalisée avec un enchaînement des syllabes et resyllabation dès lors qu’il n’y a pas de pause dans le groupe de mots comme dans l’exemple suivant :
| les enfants | [lezɑ̃fɑ̃] | CV-CV-CV |
Si une pause est introduite entre les mots, il n’y a plus d’enchaînement et on parle dans ce cas de liaison sans enchaînement :
| les enfants | [le#zɑ̃fɑ̃] | CV-CV-CV |
Dans ce cas, la consonne de liaison devient l’attaque de la syllabe suivante. Il est cependant possible de réaliser une liaison sans enchaînement et sans resyllabation :
| les enfants | [lez#ɑ̃fɑ̃] | CVC-V-CV |
mais cette prononciation est moins naturelle et est parfois observée dans des formes écrites oralisées.
3.7.2.6.2. Liaison et voyelle nasale
Les mots se terminant par une voyelle nasale ont pour consonne de liaison [n] et peuvent présenter une dénasalisation de la voyelle. Trois cas de figure :
-
dénasalisation obligatoire :
| plein air | [plɛnɛʁ] | plein | [plɛ̃] | dénasalisation de la voyelle : [ɛ̃] → [ɛn] |
-
dénasalisation impossible :
| un ami | [œ̃ nami] | un | [œ] |
-
dénasalisation possible :
| mon ami | [mɔ̃nami] | mon | [mɔ̃] |
-
ou
| mon ami | [mɔnami] | mon | [mɔ̃] | dénasalisation de la voyelle : [ɔ̃] → [ɔn] |
3.7.2.6.3. Liaison et « h » aspiré
Les mots écrits du français qui commencent par un "h" sont dit avec un "h" aspiré dans les grammaires traditionnelles. Ce terme est inapproprié pour deux raisons :
-
Cette lettre n’a aucune propriété phonétique (pas de consonne [h] dans l’inventaire des sons du français, contrairement à l’anglais (behind, [biˈhaɪnd], derrière) ou au finnois (vähän [væhæn], peu) notamment).
-
Lorsque cette consonne phonétique existe, comme en anglais ou en finnois, elle n’est en aucun cas "aspirée" mais expirée.
Ce qui nous intéresse ici, c’est le comportement de ces mots vis-à-vis de l’élision et de la liaison. Les mots qui commencent par un "h" à l’écrit se comportent de deux façons différentes et opposées ; soit il y a élision et liaison, soit il y a ni élision ni liaison :
-
élision et liaison :
| l’homme | [lɔm] | les hommes | [lezɔm] |
| d’hiver | [divɛʁ] | des hivers | [dezivɛʁ] |
| j’habite | [ʒabit] | nous habitons | [nuzabitɔ̃] |
-
ni élision ni liaison :
| la hache | [laaʃ]] | les haches | [leaʃ] |
| ce hareng | [sœaʁɑ̃] | ces harengs | [seaʁɑ̃] |
| je hurle | [ʒœyʁl] | nous hurlons | [nuyʁlɔ̃] |
Pour quelques mots, il y a hésitation :
| l’haricot | [laʁiko] | les haricots | [lezaʁiko] |
| l’hiatus | [ljatys] | les hiatus | [lezjatys] (forme correcte) |
ou bien :
| le haricot | [lœaʁikoiko] | les haricots | [leaʁiko] (forme correcte) |
| le hiatus | [lœjatys] | les hiatus | [lejatys] |
Lorsque l’élision et la liaison ne sont pas possibles, il y a maintien du hiatus.
Cette différence de comportement des mots qui commence par la lettre "h" est prise en compte dans la représentation phonologique des mots. Les mots qui n’acceptent ni l’élision ni la liaison se comportent en fait comme s’ils avaient une consonne en début de mot ; une consonne en début de mot ne permet pas l’élision et la liaison. La représentation phonologique comporte ainsi une consonne virtuelle notée /'/ :
| hache | /'aʃ/ |
| hareng | /'aʁɑ̃/ |
| hurler | /'yʁle/ |
| haricot | /'aʁiko/ |
Une consonne virtuelle est une consonne qui n’a aucune réalisation phonétique. Dans la représentation phonologique des mots, le signe /'/ représente en fait une instruction : ni élision ni liaison. La présence de ce signe particulier indique une fois de plus que la représentation phonologique ne se réduit pas à une représentation phonétique. On trouve cette notation dans les dictionnaires de la langue ; un dictionnaire de langue a pour objet la description des propriétés phonologiques (prononciation), morphologiques, syntaxiques et lexicales des mots.
Les mots qui commencent par la lettre "h" ont donc en position initiale, du point de vue phonologique, soit une voyelle soit une consonne, comme tous les autres mots.
3.7.2.6.4. Liaison et semi-consonne
Les mots qui ont à l’initiale une semi-consonne observent la même partition que ceux qui commencent par la lettre "h". La semi-consonne se comporte soit comme une voyelle (élision et liaison), soit comme une consonne (ni élision ni liaison) :
-
élision et liaison :
| l’ion | [ljɔ̃] | les ions | [lezjɔ̃] |
| l’oiseau | [lwazo] | les oiseaux | [lezwazo] |
-
ni élision ni liaison :
| le yaourt | [lœjauʁt] | les yaourts | [lejauʁt] |
| le whisky | [lœwiski] | les whiskys | [lewiski] |
-
Les mots avec la semi-consonne [ɥ] en position initiale, peu nombreux, commencent tous par la lettre "h" :
-
élision et liaison :
| l’huile | [lɥil] | les huiles | [lezɥil] |
-
ni élision ni liaison :
| la huée | [laɥe] | les huées | [leɥe] |
Consulter le document « Enchaînement et liaison ».
Faire les exercices 35 et 36.
3.7.2.7. La supplétion
La supplétion est le remplacement d’une forme de mot par une autre dans un contexte particulier. On remplace ainsi un mot féminin par un mot masculin pour éviter l’hiatus et avoir ainsi une consonne de liaison :
| mon armoire | [mɔ̃naʁmwaʁ] |
Le mot armoire est féminin ; on devrait par conséquent avoir la forme ma comme déterminant possessif selon la règle d’accord en nombre et genre du déterminant. Mais la séquence *ma armoire entraîne un hiatus. L’hiatus est évité en changeant la forme du possessif (masculin à la place du féminin). Une autre façon d’éviter l’hiatus serait de faire une élision *m’armoire. Cette option est attestée en ancien français et se retrouve dans la forme littéraire m’amie (mon amie).
La forme verbale de deuxième personne du singulier de l’impératif des verbe aller et donner est respectivement va et donne. Cependant, nous avons :
| vas-y | [vasi] |
| donnes-en | [dɔnzɑ̃] |
Dans le contexte d’un enclitique, la forme va est remplacée par la forme vas et la forme donne est remplacée par la forme donnes. Vas et donnes correspondent à la deuxième personne du singulier du présent. Une forme verbale est ici remplacée par une autre forme verbale ; il s’agit là également d’une supplétion.
Considérons maintenant les exemples suivants :
| ce livre | [sœlivʁ] |
| cette amie | [sɛtami] |
| cet avion | [sɛtavjɔ̃] |
Ce et cette sont respectivement les formes masculine et féminine du déterminant démonstratif. Le choix de la forme du démonstratif est déterminée par la règle d’accord entre le nom et le déterminant. Le mot avion est un mot masculin et la règle d’accord impose le masculin comme déterminant. Cependant la séquence *ce avion avec hiatus est impossible, de même que la séquence avec élision *c’avion. La forme cet est une forme supplétive puisqu’elle correspond à la forme féminine : cet et cette ont la même prononciation [sɛt]. Il n’y a en réalité qu’une différence d’écriture. C’est en quelque sorte une coquetterie de la langue écrite. Cet et cette sont deux formes écrites du déterminant possessif féminin, exactement comme peux et puis sont deux formes du verbe pouvoir à la première personne du singulier du présent. Le phénomène observé ici est le même que celui qui explique la séquence mon armoire. La forme supplétive du déterminant se présente sous la forme du genre opposé. Dans tous les cas de supplétion, la forme supplétive est nécessaire afin d’avoir une consonne de liaison pour éviter l’hiatus.
Cette analyse va à l’encontre de la description traditionnelle qui présente la forme cet comme une forme écrite différente de ce (déterminant masculin). Cet est en fait une forme écrite différente de cette (déterminant féminin). Il s’agit bien d’une simple différence d’écriture du fait qu’ils ont la même prononciation [sɛt].
Cette analyse de la série ce, cette et cet, vaut pour tous les mots du français qui présente la même particularité d’avoir deux formes écrites du féminin et non deux formes écrites du masculin :
| forme masculine | formes féminines | ||
|---|---|---|---|
| ce beau nouveau fou mou vieux |
cette belle nouvelle folle molle vieille |
cet bel nouvel fol mol vieil |
[sɛt] [bɛl] [nuvɛl] [fɔl] [mɔl] [vjɛj] |
La description traditionnelle selon laquelle ces mots ont une forme masculine écrite différente et qui correspond par conséquent à la partition suivante :
| formes masculines | forme féminine | |
|---|---|---|
| ce beau nouveau fou mou vieux |
cet bel nouvel fol mol vieil |
cette belle nouvelle folle molle vieille |
ne peut pas rendre compte de la régularité de l’identité phonétique des formes supplétives avec les formes féminines.
Consulter le document « Tableau récapitulatif de phonétique syntactique ».
Faire les exercices 37, 38 et 39.
