3.4. L'économie dirigée du II° Empire

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Cours: Histoire des faits économiques
Livre: 3.4. L'économie dirigée du II° Empire
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Date: mercredi 19 juin 2024, 10:29

Introduction

Le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte, récemment élu Président de la République, fait un coup d’Etat et se proclame « Empereur des Français ». Le II° Empire se prolongera jusqu’en 1870, une période de prospérité économique pour la France, juste avant la grande dépression de 1873-1896. D’un point de vue politique, Napoléon III détient quasiment les pleins pouvoirs (« césarisme »).

Au milieu du XIX°s en France, le textile est encore l’activité industrielle dominante : sur 1,2 millions d’ouvriers à la fin des années 1840, 60% travaillent dans le textile, contre seulement 10% dans la métallurgie et 2% dans les mines. Ceci posera d’ailleurs problème au début des années 1860, puisque la Guerre de Sécession aux Etats-Unis occasionnera une pénurie de coton en Europe, obligeant l’industrie textile à trouver d’autres sources d’approvisionnement.

La Guerre dite « de Sécession » se déroule sur le sol des Etats-Unis entre 1860 et 1864. Elle oppose les Etats du Nord, plutôt industriels, et les Etats du Sud, plutôt agricoles, gros producteurs notamment de coton. Le Nord, qui dispose d’une Marine plus efficace, met en place un blocus pour empêcher le Sud d’exporter ses marchandises, et surtout d’importer des armes. Dès lors, les exportations de coton vers l’Europe se tarissent, créant une pénurie et faisant monter les prix. L’Egypte entend profiter de la situation et convertit une grande partie de sa production agricole vivrière en production de coton à exporter en Europe pour pallier la pénurie de coton américain. Une fois la guerre finie, les Etats-unis reprendront graduellement leurs exportations de coton, et l’Egypte devra réduire ses superficies cultivées. Mais le coton Egyptien reste encore de nos jours connu pour sa qualité.


La modernisation de l’économie sous le II° Empire

La mécanisation de l’industrie textile s’accélère : les métiers actionnés par l’homme cèdent progressivement la place à des métiers mécaniques. Ainsi, dans les Vosges en 1856, 10% du textile est produit par des métiers mécaniques. En 1868, seulement 12 ans plus tard, c’est 80%.

L’Etat favorise la construction de nombreuses infrastructures de transport. Le chemin de fer se développe rapidement à partir de 1850, sous l’impulsion de l’Etat, qui encourage la création de 6 compagnies pour exploiter le réseau. La longueur du réseau est multipliée par 3 entre 1850 et 1870. L’Etat modernise aussi des routes et creuse des canaux, par exemple en prolongeant le Canal du Midi qui permet de relier la Méditerranée et l’Atlantique.

Le chemin de fer permet d’impulser l’industrie minière et métallurgique : en effet, les ressources sont souvent éloignées des lieux d’utilisation, et lourdes à transporter. C’est le début de l’époque des « maîtres de forge » comme Charles de Wendel ou Eugène Schneider. Si l’industrie métallurgique est encore artisanale au milieu du XIX°s., elle va rapidement s’industrialiser, notamment à partir des années 1870. Quant à l’industrie minière, elle se développe de façon complémentaire à la métallurgie (fer) et au chemin de fer (charbon). On voit bien à quel point le développement de ces trois secteurs (indutrie minière, industrie métallurgique, transports) se fait de manière complémentaire les uns aux autres.

Enfin, Napoléon III modernise le secteur bancaire pour drainer l’épargne des français et permettre les investissements nécessaires au développement de l’industrie. Il autorise la création de banques de dépôts dont certaines existent encore aujourd’hui, comme le Crédit Lyonnais, fondé en 1863, ou la Société Générale, fondée en 1864. Il modernise également le droit des sociétés en créant le statut de Société Anonyme en 1867, qui encourage la création d’entreprises, puisque les apporteurs de capitaux (les propriétaires de l’entreprise) ne sont responsables qu’à hauteur des capitaux qu’ils ont apportés (ils ne sont plus responsables sur leur patrimoine personnel) : c’est le principe de la société « à responsabilité limitée », aujourd’hui généralisée.


La politique interventionniste de Napoléon III

Par ailleurs, la politique de Napoléon III est interventionniste, sous l’influence de son principal conseiller à partir de 1860, le saint-simonien Michel Chevalier.

L’Etat s’affirme comme acteur économique à part entière, à travers par exemple l’aménagement du territoire : ainsi des Landes de Gascogne, au sud de Bordeaux, qu’il plante en pins maritimes, à la fois pour assainir les sols et pour développer la production d’essence de térébenthine et de colophane, obtenues à partir de la résine de cet arbre. Les Landes sont aujourd’hui la plus grande forêt d’Europe.

Napoléon III aménage aussi Paris sous la conduite du Baron Haussman, à qui il donne mandat « d’assainir et d’embellir » Paris, à l’époque insalubre et surpeuplée : percement de voies, destruction de quartiers trop vétustes, construction de bâtiments publics, de parcs, de ponts, etc.

Le Baron Haussmann « invente » les principes modernes de l’urbanisme. La puissance publique rachète d’abord un terrain (au besoin par expropriation), puis « équipe » le terrain, c’est-à-dire le raccorde aux différents réseaux (adduction d’eau, égouts, etc.). Ce terrain est ensuite revendu à des promoteurs privés, qui peuvent construire dessus mais doivent respecter un cahier des charges strict (alignement sur la rue, nombre d’étages, etc.), ce qui donnera le fameux « immeuble haussmannien » caractéristique de Paris. A quelques nuances près, l’urbanisme opère aujourd’hui de la même façon qu’à l’époque d’Haussmann.


La politique sociale de Napoléon III : le rapprochement avec les ouvriers à partir de 1860

Pour des raisons d’ordre politique, Napoléon III est désavoué à partir de 1860 par ses soutiens habituels : les catholiques et les industriels. Il va tenter d’obtenir le soutien des classes populaires et leur accordant un certain nombre de leurs revendications. Il cherche aussi à apaiser les tensions de classe.

Trois points peuvent être évoqués :

-        Les ouvriers veulent faire entendre leurs revendications dans le « Manifeste des 60 », autour d’Henri Tolain et de 60 militants ouvriers, qui s’ouvre sur cette phrase : « l’égalité inscrite dans la loi n’est pas dans les mœurs et elle est encore à réaliser dans les faits. » Les « 60 » revendiquent une représentation politique pour les ouvriers (par exemple des députés ouvriers), mais Napoléon III ne la leur accordera pas.

-        Cependant, Napoléon III cherche à se rapprocher des ouvriers et à apaiser les rapports entre classes sociales, et va donner suite à certaines revendications des « 60 ». C’est ainsi qu’il abroge, en 1868, l’art. 1781 du Code Civil qui donne la primauté de la parole du patron sur l’ouvrier. Il n’oublie pas non plus qu’il a été l’auteur, dans les années 1840, d’une brochure sur le « paupérisme » qui a contribué à son accession au pouvoir. Il met en place un système de retraites ouvrières et une caisse pour les accidents de travail. La couverture des risques reste cependant très partielle. Enfin, il autorise les ouvriers à créer des sociétés coopératives ouvrières, qui serviront notamment à financer les grèves

-        Il accorde aussi, à la demande des « 60 », le droit de grève par la loi du 25 mars 1864. Auparavant, les grèves se faisaient de manière illégale, et donnaient lieu à des affrontements très violents, souvent mortels avec la police ou l’armée.

Cependant, il refuse d’autoriser des syndicats, car il craignait leur adhésion à l’Association Internationale des Travailleurs, créée en 1864 à Londres. L’AIT est de plus en plus influencée par les idées révolutionnaires de Karl Marx et de Mikhaïl Bakounine, et Napoléon III ne veut pas favoriser la diffusion de ces idées en France.

La fin du II° Empire sonne avec la défaite de Sedan contre la Prusse le 2 septembre 1870. Napoléon III est fait prisonnier, l’armée française se rend. La III° République, proclamée le 4 septembre par Gambetta du balcon de l’Hôtel de Ville de Paris, mettra cinq ans à se mettre en place.