Section 6 : Les notions d'élasticité de la demande et de l'offre

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Cours: Microéconomie 2
Livre: Section 6 : Les notions d'élasticité de la demande et de l'offre
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Date: jeudi 18 avril 2024, 17:04

1. Les notions d’élasticité de la demande

Les notions d’élasticité ont pour objectif de rapporter les variations relatives simultanées de deux grandeurs liées par une relation de causalité réciproque. De fait, elles permettent de mesurer l’effet d’une variation donnée de l’une de ces grandeurs sur l’évolution de l’autre.  Elles sont extrêmement importantes en économie dans la mesure où elles permettent de mesurer, de chiffrer, l'impact de la variation d'un phénomène économique sur celle d'un autre phénomène. Les mesures d’élasticité vont, de manière plus prosaïque, nous permettre de mesurer la sensibilité d'une variable économique aux variations d'une autre.

Du point de vue de la demande, elles vont nous permettre de mesurer l’impact des différentes variables explicatives de la demande sur celle-ci. En l’occurrence, nous nous intéresserons aux effets d’une variation du prix du bien, du prix d’un autre bien et du revenu des consommateurs sur la demande. On notera toutefois que rien n’empêche de mesurer par l’entremise du même outil l’effet de n’importe quelle autre variable – une publicité nouvelle ou le climat par exemple – sur la demande d’un bien.


1.1. L’élasticité-prix directe de la demande

L’élasticité-prix directe de la demande d’un produit mesure la sensibilité de la demande de ce produit aux variations de son prix. En d'autres termes, on cherche à savoir, à partir d'une situation donnée, dans quelle mesure les variations à la hausse ou à la baisse du prix d'un produit influence la demande de celui-ci.

1.2. Méthodes de calcul de l’élasticité-prix directe de la demande

Pour mesurer l'élasticité-prix directe de la demande, on rapporte la variation relative (c'est-à-dire en pourcentage) de la quantité demandée de ce produit à la variation relative du prix de ce même produit, qui lui a donné naissance. La nécessité de rapporter des variations relatives et non absolues des prix et des quantités découle des écarts de prix existant entre les différents produits. Alors que l’impact d’une baisse d’un euro du prix du mètre carré d’habitation à Paris n’aura presque aucun impact sur la demande de logement, la même baisse d’un euro du prix d’un verre de bière dans un café aura un impact considérable sur la demande de ce bien. La première baisse ne représente en effet qu’une diminution de quelques centièmes de pourcent du prix, alors que la seconde correspond à une baisse d’environ 30 % de ce dernier. Ainsi, l’élasticité-prix directe de la demande d’un bien quelconque (notée ep) se mesure de la façon suivante :

avec Q la quantité demandée du bien et p le prix de ce bien.

La fonction de demande étant décroissante, du fait de la loi de la demande, le terme est nécessairement négatif (les quantités diminuent lorsque les prix augmentent et inversement). Par conséquent l’élasticité-prix directe est toujours de signe négatif. Le résultat obtenu par le calcul s’interprète en disant que si les prix augmentent de 1%, alors la quantité demandée diminue de |ep| %. Bien entendu, si les prix diminuent de 1%, alors la quantité demandée augmente de |ep| %. Pour les mesures effectives de l'élasticité-prix directe, deux cas se présentent alors, selon que la fonction de demande du produit considéré est connue ou pas.

Fonction de demande connue :

Lorsque l’on connaît l’équation de la fonction de demande Q = f (p), il est possible de mesurer l’élasticité-prix directe en n’importe quel point de cette dernière. En effet, elle correspond dans ce cas à la variation de demande résultant d’une variation infiniment petite du prix à partir d’un prix donné. On a alors :

Si la fonction de demande est représentée par une droite (fonction affine), comme dans l'exemple ci-dessous, on obtient :

On peut alors calculer l’élasticité-prix directe en différents points de la fonction de demande. Par exemple, pour un prix du bien fixé à p = 40, la quantité demandée s’établit à 50 et par conséquent, ep = (- 5 / 4) (40 / 50) = - 1. Le sens de ce résultat est que lorsque le prix du bien est fixé à 40, une évolution de 1 % de ce dernier entraînera une évolution en sens inverse de 1 % de la demande. On peut calculer un certain nombre de valeurs de l’élasticité-prix directe sur cette courbe de demande. Ces dernières sont reportées dans le tableau ci-dessous :

 Nous constatons que l’élasticité-prix directe est bien négative tout au long de la courbe de demande et qu’elle est croissante en valeur absolue lorsque le prix augmente. Ainsi, il apparaît que la demande est d’autant plus sensible au prix que celui-ci est élevé. En effet, alors qu’une variation de 1 % du prix du bien n’entraîne qu’une variation inverse de 0,14 % de la demande lorsqu’il est fixé à 10, la même variation relative du prix provoque une variation de 7 % de la demande lorsqu’il est fixé à 70. Les « réactions » des consommateurs aux variations de prix sont ainsi d’autant plus vives que ce dernier est élevé. Ce résultat généralisable à toutes les fonctions de demande s’explique en partie par des phénomènes de saturation de la demande à bas niveaux de prix. A un prix faible, la demande étant déjà largement satisfaite, les évolutions de prix n’entraînent que de « molles » variations relatives des quantités demandées. A l’inverse, pour des niveaux de prix élevés, les évolutions de prix génèrent de vives évolutions relatives de la demande, celle-ci étant par définition relativement faible.

Fonction de demande inconnue :

La fonction de demande peut cependant – et ce le cas la plupart du temps dans la réalité – ne pas être connue de manière formelle. Dans ce cas, seuls quelques points de cette dernière peuvent être connus, si l’on sait quelles sont les quantités demandées correspondant à un certain nombre de prix possibles du produit. La mesure de l’élasticité-prix directe n’est alors plus envisageable par la méthode utilisée plus haut, qui fait appel à la dérivée première par rapport au prix de la fonction de demande, dorénavant inconnue. On peut toutefois mobiliser la méthode de calcul de base qui rapporte alors les variations relatives des quantités demandées du bien entre deux points connus de la fonction de demande à celles du prix entre ces deux mêmes points. Toutefois, se pose alors le problème de savoir lequel des deux points doit être retenu comme base des calculs de variations relatives, le choix de l’un ou de l’autre entraînant nécessairement des résultats différents. La solution retenue consiste à mesurer des variations relatives par rapport à la moyenne des deux points de la fonction de demande concernés. On mesure alors ce que l’on appelle une élasticité-arc de la façon suivante. Soit deux points de la courbe de demande A (Q1 ; p1) et B (Q2 ; p 2), on a Δ Q = Q2 – Q1 et Δ p = p2 - p1 et l’élasticité-arc entre ces deux points vaut :

Le résultat obtenu est considéré comme étant valable pour l’ensemble de l’intervalle déterminé sur la fonction de demande par les deux points retenus. Il permet de mesurer la sensibilité de la demande dans l’intervalle de prix considéré, mais il ne permet pas d’accéder à l’information concernant la sensibilité de la demande en chacun des points intermédiaires de l’intervalle. L’élasticité-arc entre les deux premiers points du tableau présenté plus haut vaut (-12,5 / 10) (30 / 162,5) = - 0,23. Ce résultat indique « qu’en moyenne », pour des prix allant de 10 à 20, une variation de 1 % du prix entraîne une variation de sens contraire de 0,23 % de la demande. Les autres résultats des calculs d’élasticités-arc sont reportés dans le tableau ci-dessous :

Dans ce tableau, on remarquera d’une part que les valeurs mesurées par l’élasticité-arc sont systématiquement affectées au milieu des intervalles, indiquant par là même leur validité pour l’intégralité des points de l’intervalle. D’autre part, on constatera que les valeurs mesurées pour l’élasticité-arc sont évidemment encadrées par les valeurs mesurées pour l’élasticité sur les points constitutifs de l’intervalle considéré. Enfin, on notera que bien entendu, l’élasticité-prix mesurée de cette manière reste d’autant plus forte en valeur absolue que le prix du bien est élevé.


1.3. Interprétation et utilisation de l’élasticité-prix directe de la demande

L’intérêt théorique de la mesure de l’élasticité-prix directe de la demande réside dans la possibilité de caractériser la demande d’un bien en fonction de ses réactions par rapport aux évolutions du prix de ce dernier. Si |ep| > 1, la demande est dite relativement élastique. En effet, si les prix varient de 1%, alors la demande varie en sens inverse de plus de 1% ; elle est très sensible aux évolutions du prix. Si |ep| < 1, la demande est dite relativement inélastique. Si les prix varient de 1%, la demande varie en sens inverse de moins de 1% ; elle est alors peu sensible aux évolutions du prix. Dans le cas où |ep| ≈ 1, la demande est dite neutre ou encore à élasticité unitaire. Les variations de la demande sont proportionnées aux évolutions des prix. Il est également envisageable de considérer deux cas extrêmes. Si ep = 0, alors la demande est totalement inélastique ; les variations de prix n’entraînent aucune variation de la demande. Enfin, si |ep| tend vers l'infini, la demande est infiniment élastique. L’intégralité de la demande s’exprime pour un prix donné p*, mais dès lors que le prix varie, dans un sens ou dans l’autre, la demande devient nulle.

D’un point de vue plus pratique, la notion d’élasticité-prix directe de la demande permet d’anticiper les effets sur la dépense totale des consommateurs, et donc sur la recette totale des producteurs, des évolutions possibles du prix du bien ou du service considéré.

Sur le graphique ci-dessus, nous pouvons observer les effets de la baisse du prix d’un bien donné sur la dépense totale des consommateurs (et donc sur la recette totale des producteurs). Si le prix du bien diminue de pA à pB, on constate que la demande s’élève de QA à QB. La dépense totale des consommateurs – qui correspond au prix payé par unité demandée multiplié par le nombre d’unités demandées –varie alors de pA•QA à pB•QB, valeurs respectivement représentées sur le graphique par les surfaces 0pAAQA et 0pBBQB. On remarque aisément que ce que perd le producteur en baissant son prix, symbolisé par la surface EP, est inférieur à ce qu’il gagne du fait de l’accroissement de la quantité demandée, symbolisé par la surface EQ. On dira ici que ce qu’il gagne par effet-quantité est supérieur à ce qu’il perd par effet-prix, suite à la baisse de ce dernier. Dans ce cas, la baisse du prix augmente par conséquent la dépense totale des consommateurs et donc la recette totale des producteurs du bien considéré.

Considérons maintenant une baisse de prix parfaitement identique à la précédente, mais pratiquée entre les prix pC et pD. La demande passant de QC à QD, on voit apparaître une baisse de la dépense des consommateurs par effet-prix égale à la surface EP’. D’autre part se manifeste un accroissement de la dépense des consommateurs par effet-quantité, mesuré par la surface EQ’. D’évidence, c’est dans ce deuxième cas l’effet prix qui domine l’effet-quantité, entraînant une diminution de la dépense totale des consommateurs.

Ainsi, il apparaît qu’une même diminution – en valeur absolue – du prix d’un bien puisse entraîner, selon le niveau initial de ce dernier, des effets opposés sur la dépense des consommateurs. Ce phénomène s’explique par la notion d’élasticité-prix directe de la demande. Comme nous l’avons précédemment établi, la demande est relativement élastique pour des niveaux de prix élevés. Ainsi, toute baisse de prix entraînera un accroissement plus que proportionnel de la demande. Du point de vue du producteur, « chaque pourcent concédé sur le prix du bien permet de gagner plus de un pourcent sur les quantités demandées » ; toute baisse du prix permet donc un accroissement de la recette totale. C’est ce qui se passe entre les points A et B du graphique. A contrario, la demande est inélastique lorsque les prix sont peu élevés. De fait, entre C et D sur le graphique, « chaque pourcent concédé sur le prix du bien ne permet de gagner que moins de un pourcent sur les quantités demandées » ; toute baisse de prix dans cette zone de la fonction de demande entraînera une diminution de la recette totale des producteurs. Toute l’analyse précédente peut évidemment être renversée si l’on considère une augmentation des prix, de pD à pC ou de pB à pA.

Il apparaît par conséquent – et c’est là l’un des principaux enseignements pratiques de la notion d’élasticité-prix directe – qu’afin d’accroître leur recette totale, les producteurs auront intérêt à diminuer leurs prix lorsque la demande se situe dans une zone de forte élasticité-prix et qu’ils gagneront au contraire à augmenter leurs prix lorsqu’elle se situe dans une zone de faible élasticité-prix. A titre d’exemple, on peut ici citer le marché mondial de l’informatique individuelle, dont les prix ne cessent de baisser, entre autre parce que l’élasticité-prix y est particulièrement élevée et que les producteurs y trouvent ainsi leur compte en terme de recette totale. A l’inverse, le marché des billets de concerts pour un certain nombre de « stars » constitue un bon exemple de marché sur lequel les prix ne cessent de croître du fait de la très faible élasticité-prix de la demande et de la rareté savamment entretenue du produit.

On ajoutera enfin qu'il existe donc un point de la fonction de demande (un prix donné) pour lequel on mesure |ep| = 1. Il découle de ce que nous avons vu précédemment que ce prix, pour lequel l'élasticité-prix directe de la demande est dite unitaire, est celui qui permet aux producteurs de maximiser leur recette totale. Notons toutefois que cet objectif de maximisation de la recette totale n'est pas celui qui est la plupart du temps poursuivi par les producteurs qui cherchent plutôt à maximiser leurs profits. Ces deux objectifs n'ont d'un point de vue théorique aucune raison d'être conciliables.

Vidéo "Élasticité de la demande, effet-prix, effet-quantité et recette totale des producteurs"

1.4. L’élasticité-prix croisée de la demande

L’élasticité-prix croisée est égale au rapport de la variation relative des quantités demandées d’un bien X à la variation relative du prix d’un autre bien Y qui lui a donné naissance. Elle mesure la sensibilité de la demande d’un bien aux évolutions du prix d’un autre bien. Soit Qx la quantité demandée du bien X et py le prix du bien Y ; la mesure de l’élasticité-prix croisée (notée epc) s’effectue de manière similaire à celle de l’élasticité-prix directe :

La question du calcul de l’élasticité en un point ou sur un arc (un intervalle) de la fonction de demande peut de nouveau être posée. Pour mesurer epc sur un point de la fonction de demande, il nous faudrait cependant connaître une fonction de demande Qx = f (px, py,...) liant la quantité demandée de bien X au prix de ce bien (px) et à ceux de tous les autres biens susceptibles de l’influencer, tel que py. Une telle fonction est très rarement connue, mais si c’était le cas, il faudrait alors la dériver par rapport à py, en considérant que px est une constante. De manière générale, l’impossibilité d’établir formellement des fonctions telles que celle évoquée ci-dessus implique que l’on mesure l’élasticité-prix croisée sur un intervalle de la fonction de demande, par le biais d’une élasticité-arc de la forme :

A titre d’exemple, considérons le tableau suivant qui indique les quantités demandées de VOD (vidéos à la demande) pour deux niveaux de prix différents d’un ticket de cinéma et d'un forfait internet annuel.

Nous pouvons sur la base de ces données calculer l’élasticité-prix croisée de la demande de VOD par rapport aux prix du cinéma et du forfait Internet :

 epc (cinéma) = (60 / 2) • (14 / 260) ≈ 1,62

epc (forfait Internet) = (60 / -40) • (200 / 260) ≈ - 1,15

Ainsi, une variation de 1 % du prix du ticket de cinéma entraîne une variation de même sens de 1,62 % de la demande de VOD et une variation de 1 % du prix des forfaits Internet entraîne une variation de sens inverse de 1,15 % de la demande de VOD.

C’est plus le signe de l’élasticité-prix croisée que sa valeur qui importe et qui permet les commentaires les plus intéressants :

- Si epc ≈ 0, les deux biens X et Y sont indépendants : une variation de py n’a aucun effet significatif sur la demande de X.

- Si 0 <epc ≤ 1, les biens X et Y sont substituables : une variation de py entraîne une variation moins que proportionnelle et dans le même sens de la demande de X.

- Si epc > 1, les biens X et Y peuvent même être qualifiés de substituts étroits : une variation de py entraîne une variation plus que proportionnelle et dans le même sens de la demande de X. Par exemple, selon le calcul effectué plus haut, il apparaît que la VOD et le ticket de cinéma sont d’étroits substituts. Si le prix du cinéma augmente d’un point de pourcentage, la demande de VOD s’accroît de 1,62 %. Parce que ces deux biens satisfont des besoins proches, les consommateurs ont tendance à remplacer la consommation de l’un par celle de l’autre, suite à un renchérissement du premier. Il se passerait évidemment l'inverse en cas de baisse du prix du ticket de cinéma.

- Si -1 ≤ epc < 0 les biens X et Y sont complémentaires : une variation de py entraîne une variation moins que proportionnelle et en sens inverse de la demande de X.

- Si epc < - 1, les biens X et Y peuvent même être qualifiés de compléments étroits : une variation de py entraîne une variation plus que proportionnelle et en sens inverse de la demande de X. Par exemple, selon le calcul effectué plus haut, il apparaît que les VOD et les forfaits Internet sont des compléments étroits. Si le prix des forfaits Internet diminue d’un pourcent, alors la demande de VOD s’accroît de 1,15 %. La demande de l’un de ces deux biens s’accompagne de celle de l’autre, car l’un ne s’utilise pas sans l’autre.

1.5. L’élasticité-revenu de la demande

L’élasticité-revenu de la demande est égale au rapport de la variation relative des quantités demandées d’un bien à la variation relative du revenu des consommateurs. Elle mesure la sensibilité de la demande d’un bien aux évolutions du revenu des consommateurs. Soit Q la quantité demandée d’un bien et R le revenu des consommateurs ; la mesure de l’élasticité-revenu (notée er) s’effectue encore de manière similaire à celle de l’élasticité-prix directe :

La question du calcul de l’élasticité en un point ou sur un arc (un intervalle) de la fonction de demande se pose de nouveau. Pour mesurer er sur un point de la fonction de demande, il nous faudrait connaître une fonction de demande Q = f (p, R,...) liant la quantité demandée du bien au prix de ce bien (p) et – entre autre – au revenu des consommateurs. Une telle fonction est très rarement connue, mais si elle l’était, il faudrait alors la dériver par rapport à R, en considérant toutes les autres variables comme constantes. Parce qu’il n’est généralement pas possible d’établir formellement de telles fonctions, on mesure l’élasticité-revenu de la demande par le biais d’une élasticité-arc de la forme :

A titre d’exemple, considérons le tableau suivant qui indique les quantités demandées de places de spectacle, d’eau potable et de produits « premier prix » de supermarché, en fonction du revenu moyen des ménages :

Nous pouvons sur la base de ces données calculer l’élasticité-revenu de la demande de ces trois produits :

 er (spectacles) = (86 / 500) • (2500 / 286) ≈ 1,50

er (eau) = (2 / 500) • (2500 / 202) ≈ 0,05

er (“premier prix”) = (-26 / 500) • (2500 / 174) ≈ - 0,75

Ainsi, une variation de 1 % du revenu moyen des ménages entraîne une variation de même sens de 1,50 % de la demande de places de spectacle, une variation de même sens de 0,05 % de la demande d’eau potable et une variation de sens inverse de 0,75 % de la demande de produits « premier prix ».

L’interprétation des résultats de l’élasticité-revenu se fait selon la grille de lecture suivante :

- Si er < 0, le bien considéré est un bien dit inférieur. La demande de ce dernier diminue lorsque le revenu des consommateurs augmente, et inversement. Dans l’exemple ci-dessus, les produits « premier prix » peuvent être qualifiés de biens inférieurs. Lorsque les revenus augmentent, les consommateurs substituent à ces produits des produits plus onéreux, supposés de meilleure qualité.

- Si 0 < er ≤ 1, le bien considéré est un bien dit normal, ou encore ordinaire ou de première nécessité. Il s’agit alors d’un bien de consommation courante, dont la demande varie certes dans le même sens que le revenu, mais moins vite que ce dernier. Dans les exemples ci-dessus, on constate que la variation du revenu n’entraîne qu’une faible variation de la consommation d’eau potable. Ce bien est un bien normal au même titre que la plupart des biens se rapportant à l’alimentation, au logement, ou encore à l’habillement des individus. Pour ces biens, un doublement du revenu entraînerait un accroissement de la demande, mais probablement pas un doublement de cette dernière…

- Si epc > 1, le bien considéré est qualifié de bien supérieur, ou encore de bien de confort ou de luxe. On a alors à faire à un bien dont la demande varie plus vite que le revenu. La demande de ces biens s’accroît fortement suite à des augmentations de revenus et diminue fortement en cas de baisse des revenus. Dans les exemples ci-dessus, les places de spectacle apparaissent comme des biens supérieurs, dont la consommation est particulièrement sensible aux évolutions du revenu. Le groupe des biens supérieurs rassemble, dans une certaine mesure, tous les biens non inférieurs qui ne sont pas directement liés au logement, à l’habillement, au transport ou à l’alimentation de base des individus.

On notera pour terminer sur les élasticités de la demande qu'il est évidemment possible de mesurer la sensibilité de la demande d'un produit aux évolutions de n'importe quelle variable influençant celle-ci : la publicité, la conjoncture, le taux de chômage, la démographie des acheteurs, le climat, le rôle des médias, etc.

2. Les notions d'élasticité de l'offre

Symétriquement à l’analyse des élasticités de la demande, il est possible d’évaluer des élasticités de l’offre, telles que des élasticités-prix directes, des élasticités-prix croisées ou encore des élasticités par rapport aux prix des facteurs. La mise en œuvre des deux dernières peut se faire de manière identique aux élasticités de la demande par le biais d’élasticités-arc. Elles mesurent alors la sensibilité de l’offre aux variations de prix des biens connexes, ou encore aux variations de prix des facteurs de production. Il est ainsi possible de connaître l’impact sur l’offre d’un produit d’une variation de 1 % du prix de tel ou tel produit connexe, de celui de tel ou tel produit complémentaire ou substituable ou encore de celui de tel ou tel facteur de production.

Nous insisterons ici sur l’élasticité-prix directe de l’offre. L’élasticité-prix directe de l’offre d’un produit mesure la sensibilité de l’offre de ce produit aux variations de son prix. Pour ce faire, elle rapporte la variation relative de la quantité offerte de ce produit à la variation relative du prix de ce même produit, qui lui a donné naissance. On mesure par conséquent :

avec cette fois Q la quantité offerte du produit considéré. Il est possible, comme avec la fonction de demande, de mesurer cette élasticité sur un point de la fonction d’offre ou sur un arc de celle-ci, selon que l’on dispose ou pas de l’expression formelle de la fonction d’offre du produit.

L’élasticité-prix directe de l’offre est considérée comme étant toujours positive, dans la mesure où les changements affectant les prix et les quantités offertes sont de même sens. L’offre est qualifiée d’élastique ou de très sensible au prix lorsque les offreurs réagissent fortement et rapidement à un changement de prix. La valeur de ep est alors supérieure à l’unité. Elle est au contraire qualifiée d’inélastique ou de peu sensible au prix lorsque ep est inférieure à l’unité. Deux cas extrêmes encadrent les situations que nous venons d’évoquer. Le premier est celui d’une élasticité-prix directe de l’offre égale à zéro. Dans ce cas, l’offre du produit considéré est totalement inélastique et donc totalement insensible aux variations de prix. L’offre est alors constante quel que soit le prix du produit et elle est représentée par une droite verticale. L’exemple type est ici celui du marché de la location à usage d’habitation. A court terme et dans une ville donnée, la quantité d’habitations proposées à la location ne varie pas, quel que soit le prix des loyers. A plus long terme cependant, de nouvelles constructions peuvent être envisagées et le nombre d’habitations pourra alors dépendre du prix des loyers. Le second cas extrême est celui d’une offre parfaitement élastique (on a alors une ep tendant vers l'infini). Toute l’offre s’effectue dans ce cas à un prix bien précis et elle devient nulle pour tout autre prix. On peut ici donner l’exemple des produits dont le prix est strictement réglementé, tel que le timbre-poste, dont toute l’offre s’effectue à un prix donné.

De manière générale, il importe de comprendre que la valeur de l’élasticité-prix directe de l’offre, c'est-à-dire la sensibilité de l’offre aux variations de prix, dépend fondamentalement du temps dont disposent les offreurs pour réagir aux évolutions du prix du produit. L’offre est en effet d’autant plus élastique que l’on considère un horizon de long terme. Il est donc important de distinguer l’offre de court terme de celle de long terme. A court terme, les réactions aux variations du prix ne dépendent que de l’existence de stocks disponibles (si le prix augmente) ou d’une capacité de stockage (si le prix baisse). Quoiqu’il en soit, les réactions aux variations de prix ne pourront qu’être mesurées, dans la mesure où les stocks ne peuvent constituer un réservoir très important de production. Sur de nombreux marchés, en particulier de services, l’offre est même parfaitement insensible au prix à court terme, dès lors qu’il est impossible de constituer des stocks ou de puiser dans ces derniers. A plus long terme, la possibilité de réaliser des investissements de capacité fait que l’offre devient beaucoup plus sensible au prix. L’élasticité s’accroît forcément puisque les producteurs ont alors la possibilité d’augmenter ou de réduire la dimension de leurs unités de production. Il est donc important de faire clairement la distinction entre l’offre à court terme et l’offre à long terme lorsque l’on s’intéresse à la sensibilité de cette dernière aux évolutions de prix.

Comme pour la demande, il est bien sûr possible de mesurer la sensibilité de l'offre d'un produit à n'importe quelle variable influençant celle-ci : le prix des facteurs de production, les taxes et subventions reçues par les producteurs, le coût du travail, le prix des produits complémentaires ou substituables au produit considéré, etc.